Pourquoi la Génération Y est insatisfaite et malheureuse ?

SUR LE WEB
Nouvelles-de-France-logoCet article a été republié le 18.11.13 dans les NOUVELLES DE FRANCE

 

Pourquoi-generation-y-insatisfaite-malheureuse

© STEVEN BAGLEY

Début septembre un article bien écrit par un trentenaire new-yorkais avait paru sur son blog et aussitôt a été repris par The Haffington Post.

Quelques blogs français se sont contentés de faire des « articles » de deux phrases avec un lien vers ledit blog – débrouillez-vous… Il est vrai que l’internet-globalisation sous-entend que tout le monde est sensé parler anglais, mais nous le savons tous, que c’est loin d’être le cas, même dans un pays progressif comme la France.

Alors, NEW POINT de VIEW a décidé de traduire cette analyse américaine en y apportant la sienne. Ainsi, nous parlerons des trentenaires actuels, auxquels appartient la majorité absolue de notre staff (quelle plaisanterie…), se faisant labellisé de

 

GÉNÉRATION  Y

 

Génération Y – les personnes nées entre les années 70 et le milieu des 90x – le terme inventé en 1993 par le magasine Advertising Age, désignant ainsi la génération qui suit la Génération X (née approximativement entre 1965 et 1977).

Génération Y c’est aussi les «Echos Boomers» en référence au fait que beaucoup sont des enfants de baby-boomers, ou des «Enfants du millénaire» («Millenials» en anglais) en lien avec leur date de naissance. Les américains utilisent également l’expression «Digital Natives» pour pointer le fait que ces enfants sont nés avec un ordinateur ; ou tout simplement les diminutifs «GenY» ou «Yers».

En France, la génération Y regroupe environ 13 Mn de personnes, soit près de 21% de la population française (13.192.178 ont vu le jour selon l’INSEE entre 1978 et 1994). Il s’agit de la génération la plus importante depuis la génération du baby-boom.

A titre de comparaison, la Génération Y comprend environ 70 Mn de personnes aux Etats-Unis et 200 Mn de personnes en Chine.

 

 

En quoi consiste l’insatisfaction ?

Avant tout, tentons d’exprimer une approche philosophique à travers les mathématiques :

Bonheur = Réalité – Attentes

Malheur < 0 > Bonheur 
Si les Attentes sont supérieures à la Réalité, alors le Bonheur devient négatif, c’est-à-dire se transforme en Malheur (insatisfaction).

Maintenant, prenons un individu Lambda de la génération Y possédant tous les attributs de la vie moderne et grossièrement n’ayant pas de problèmes majeurs dans leurs vies (nous parlons encore et toujours de monsieur et madame Toutlemonde des pays développés). L’individu Lambda est insatisfait de sa vie. Il est malheureux. Il est convaincu qu’il peut et doit avoir plus. Quoi exactement – il ne sait pas – mais il veut. Il veut vivre beaucoup mieux.

Alors, pourquoi est-il insatisfait et malheureux ?

Il faut creuser l’histoire et la sociologie pour comprendre. Les parents de Lambda sont nés dans les années 50x (après-guerre, baby-boom). Ils étaient éduqués par leurs parents ayant vécu 2 guerres mondiales (ou au moins une) dans les conditions économiques et sociales que Lambda aujourd’hui n’est même pas capable d’imaginer et encore moins s’y projeter.

Alors, les grands parents de Lambda (ayant survécu les temps vraiment durs et étant naturellement obnubilés par la recherche permanente de stabilité) ont éduqué ses parents dans la logique d’économies permanentes, de sacrifices et surtout dans l’idéologie du travail intrépide et quotidien, afin d’obtenir de l’herbe verte sous le soleil. Ils voulaient à tout prix que leurs enfants aient un travail stable et leur permettant d’accéder à un gazon avec une herbe plus juteuse, qu’ils en aient eu à leur époque.

Après leurs études et au début de la vie active les parents de Lambda ont assisté à un boom économique lié au baby-boom et à l’ère d’après-guerre. Leurs perception du monde, malgré l’éducation, a rapidement changé. Et leur perception de possibilités s’ouvrant à eux a doublé de volume. Cette optique a automatiquement eu la répercussion sur l’éducation de la génération Y (Mr/Mme Lambda). 

 

Spécial   
adjectif (spéciale, spéciaux, spéciales)
1. non conforme à une règle ou à une habitude
2. qui est propre ou particulier (à quelque chose)
Synonyme:  spécifique
Synonyme:  particulier
3. indescriptible et qui sort de l’ordinaire (familier)

 

Des millions de parents heureux à travers les pays en pleine montée des années 70-90 inculquaient à leurs progénitures qu’ils font partie d’une génération spéciale, vivant à une époque spéciale, et qui vont rentrer dans l’histoire comme les gens uniques et chanceux pouvant obtenir de la vie tout ce qu’ils souhaitent.

Voilà pourquoi la génération Y a été doté de lunettes roses à vie. Elle ne les porte pas sur son nez, elles sont intégrés directement dans son cerveau. La génération Y n’est pas digne des gazons à l’herbe juteuse – elle doit avoir des pelouses entière remplies d’herbe et de fleurs de toutes les tailles et couleurs. En effet, il faut comprendre qu’un simple gazon est trop prédicable et n’est pas si extraordinaire…

La génération X voulait vivre le rêve américain – la génération Y veut vivre ses propres rêves.

De nos jours une carrière sécurisée n’est plus en vogue – il est de bon ton de suivre son rêve.

Les GenY’s veulent une carrière fleurissante, comme leurs parents, mais ils veulent aussi et surtout des bonus de la vie que leurs parents ne pouvaient même pas imaginer (sans parler de « rêver »). Lambda pense que tout le monde peut réussir professionnellement, avoir un salaire correct et vivre correctement. Mais lui … Lui, il est particulier, il n’est pas tout le monde. Il est spécial. Il peut mieux, il vaut mieux, il va obligatoirement avoir … devenir … être …

Le résultat – la génération entière se considère particulière et spéciale. La difficulté est que «spécial» est celui ou ce qui sort du lot, or tout le monde ne peut pas sortir du lot. Tout le monde sortant du lot relève de la même utopie que la théorie marxiste sur l’égalitarisme. La chose au fond comprise par tout le monde, néanmoins la « génération spéciale » persiste à croire qu’elle est spéciale au carré.  »Les autres peuvent penser ce qu’ils veulent, mais moi je suis vraiment spécial ».

 

 

Le labeur n’est pas pour les spéciaux

Si les parents de Lambda étaient raisonnablement persuadés que les gazons verts sont atteignables grâce au travail quotidien et ce pendant des années – lambda est persuadé que la pelouse remplies de fleurs doit tomber du ciel, car il est particulièrement spécial.

Lambda, confiné dans son micro monde d’Alice au pays des merveilles, considère qu’on va remarquer ses incroyables talents dès qu’il aura traversé la porte de son premier bureau – et il va se retrouver avec un bureau individuel, un chauffeur, des costumes sur mesure, deux assistantes en minijupes et un salaire lui permettant un week-end sur deux de louer un 50 mètres pour faire une mégateufe (langage typique des écho-boomers), où tout le monde voudra se prendre en photo avec lui, tellement sa réussite sera enviable – jeune, beau et riche.

La réalité étant quelque peu différente – celle que tout le monde connait. Pour avoir de l’herbe (qui parait toujours plus verte et mieux tondues chez les autres) il faut des années de labeur quotidien, voire 7/7. Et souvent elle coûte pas mal de sueur, de larmes et de sacrifice.

 

 

La vie est injuste. Gravez-vous ça dans la tête ! — Bill Gates

Pourquoi-generation-y-insatisfaite-malheureuse

© Caleb O’Connor • http://bit.ly/1kl4iAu

Le professeur à l’université de New Hampshire, spécialiste dans les questions sur la génération Y – Paul Harvey, explique que la raison principale d’insatisfaction et du sentiment d’être malheureux provient des attentes incommensurablement élevées de la génération Y.
Globalement cette génération ne souhaite pas porter un regard objectif sur elle-même et sur le monde, dont elle fait partie. Et même si certains le font, ils ne veulent pas ou n’arrivent pas à le reconnaître au fond d’eux-mêmes.

Mr Harvey suggère aux employeurs, confrontés aux GenY’s, de poser 2 questions essentielles : « Pensez-vous être le meilleur ou être meilleur que votre entourage ? » et « Si oui, alors pourquoi ? ».

Généralement les Lambdas répondent rapidement et sans réfléchir « Oui ». Mais obtenir une réponse claire et argumentée à la deuxième question s’avère sensiblement plus compliqué, voire impossible. Le professeur de New Hampshire explique ce phénomène par le fait que toute cette certitude provient des éloges infondés et réellement non-mérités récoltés tout au long de leur vie.

Ainsi, quelques années après l’université ou l’école de commerce les Lambdas, dans leur flagrante et indiscutable majorité, se retrouvent au même niveau qu’au départ. Et la belle pelouse rêvée (imaginaire ?) continue à se situer quelque part derrière un gros nuage des années de labeur intensif, des tentatives et des erreurs.

La réalité de Lambda se trouve au niveau négatif par rapport à ses attentes. Et il en va de soi – la vie ne paraît plus aussi merveilleuse qu’il la rêvait.

 

 

Le constat corollaire – les GenY’s sont très acrimonieux

Bien sûr, certains ont fait de bonnes études et ont trouvé du travail meilleur que leurs parents (génération X). Mais Lambda en est au courant uniquement à travers les récits en pièces détachées. Personne en réalité ne sait pas grand-chose sur la carrière des autres…

Et c’est ici que rentre en scène la foire de vanité moderne – les réseaux sociaux et internet plus généralement. Les phénomènes intéressants et utiles, mais à la fois parasites. Tout le monde y exprime quasi exclusivement ces succès et excessivement rarement, voire jamais, ses erreurs et échecs. Lambda y voit systématiquement les bling-photos, les grosses voitures, les gros seins (pour Mr Lambda) et les gros muscles (pour Mme Lambda), les magnifiques maisons, les photos fascinantes de voyages lointains et inimaginables, les meilleures soirées de la planète ou même de la semaine dernière que Lambda a loupé. Mais c’est parce qu’il l’a loupé qu’elle était meilleure que toutes celles qu’il a connues.

Pourquoi-generation-y-insatisfaite-malheureuse

© norvz austria • http://bit.ly/19T3r0T

Les GenY’s voient tous les jours depuis des années sur internet et les réseaux sociaux « la société Z a réalisé les ventes-records historiques – tout le personnel s’est vu partir aux Maldives pendant 2 semaines », « un multimillionnaire s’est offert le cinquième yacht et sa neuvième femme », « 2 mois après le mariage – la neuvième femme a demandé le divorce et a obtenu $50.000.000, une villa de 4.000 m², un Falcon et beaucoup de peluches », « la fille qui chantait dans le métro maintenant chante sur RTL et demain ira chanter sur M6 au prime time et gagnera un disque d’or », « à 16 ans il a écrit un livre et devenu riche et connu en 3 semaines, maintenant ses livres traduits dans toutes les langues du monde se vendent par dizaines de millions » …

Nombreux sont ceux qui y croient, mais la génération Y en particulier – c’est leur temps, c’est leur époque, ils sont spéciaux. Le résultat – une idée trompeuse se forme dans l’esprit de Lambda, et il a l’impression que tout le monde autour a atteint le succès, sauf lui. Il reste sur son gazon sans herbe à chercher où peut apparaître une nouvelle pousse.

Mais en réalité et en dehors des réseaux sociaux et d’autres médias ces gens à succès peuvent banalement être les voisins du palier ou de la pelouse de Lambda. Ainsi, peut être que Lambda a bien commencé sa carrière et se trouve sur la bonne voie, mais pour lui tout cela est profondément décevant.

L’herbe plus verte chez les autres – n’est pas un concept nouveau en soi. Mais dans le monde des photos retouchées, l’herbe des autres peut paraître paradisiaque. Et la vérité consiste au fait que tout le monde soit indécis, doutant de soi et frustré autant que VOUS l’êtes. Mais si vous persistez à continuer votre commencement – vous n’aurez aucune raison à envier les autres.

 

business-divider

 

Différences sociologiques des générations X, Y et Z

Cet infographique a été rajouté post-publication, pour compléter l’images des 3 dernières générations et mieux en comprendre les différences.

sociologie-generations-x-y-z

• Rédacteur de NEW POINT de VIEW • Contributeur à LE HUFFINGTON POST et LES ECHOS entre autres • Consultant en stratégie et organisation interculturelles • Intervenant professionnel chez SKEMA BS

Leave a Reply

Notify of
avatar
Sort by:   newest | oldest | most voted
Tinky Winky
Guest

Merci pour tous ces clichés. Et une question : Pourquoi en voulez-vous autant à cette génération issue des baby-boomers ? (Je ne souhaite pas la nommée « Genération Y » car ce terme relève surtout, selon moi, du marketing)

Ne récolte-t-on pas ce que l’on a semé ? Pourquoi déterminer le comportement de personnes appartenant à une génération à partir uniquement de facteurs extérieurs à leur cocon familial ?

Voici d’autres facteurs à prendre en compte sur la génération enfantée par les baby boomers :

– La société et leurs parents leur ont dit de faire de longues études afin de trouver rapidement un bon travail : Ils ont fait des longues études et n’ont pas trouvé de travail pour autant. Ils se sentent trahis. Trouvez-vous ce sentiment de trahison anormal ?

– Pour certains, leur épanouissement personnel se trouve hors du travail. Où est le mal à ça ? Ils ne se conforment pas à ce que leur impose la société et vous les dénigrez tandis que dans l’article sur les « childfree », vous encensez les individus qui ne se conforment pas à un modèle adoubé par tous. Pourquoi ?

Ils ont grandi avec le SIDA, une dette astronomique au dessus de leur tête causée par une génération qui refuse de comprendre que la France ne connaîtra plus les Trente Glorieuses et se prennent une crise économique magistrale en pleine face et vous dites qu’ils ont toujours eu la belle vie ?!

Dans cet article, on constate essentiellement du ressentiment et non pas une réelle volonté d’analyser la situation. Pourquoi ?

1mec
Guest

le côté corrosif et rentre-dedans de l’article est sympathique. Loin de traiter toutes les perspectives, puisqu’il faudrait pour cela de la prétention et du temps pour écrire un bouquin, il botte suffisamment le cul d’une mentalité qui saoule.

Je constate également que selon la formule citée dans l’article, si nous n’avons pas d’attente ou d’exigence envers l’existence, la réalité s’impose à nous dans un plein bonheur.
Merci pour cette tranche de gazon

wpDiscuz