Les parallèles : l’URSS — le phénomène sociétal

L’URSS — le cadre

URSS-parallelesXXème siècle, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques :

 

A la fin des années 1970 je suis né dans une capitale régionale en URSS. Riche de ses extractions du charbon, de sa grande usine ferroviaire, de ses usines de textile et alimentaires et d’un aéroport (ce qui n’était pas le cas de toutes les villes, bien sûr). Je vivais dans un appartement au centre-ville avec l’eau courante, chauffage central, téléphone et télévision (bien que noir et blanc et seulement avec 2 chaînes jusqu’au début des années 1990).

Vu d’en haut, on pourrait dire «oui, et alors ?».

Eh bien, le comble dans cette ville soviétique industriellement développée est qu’en face de mon immeuble se situait une armada de vieilles maisons en bois d’après-guerre (voire, pour certaines – d’avant-guerre) où l’eau courante était comme un oasis dans le désert. Les toilettes à la turque à l’extérieur – qu’il fasse +40° en été ou -25° en hiver. Inutile de préciser qu’une salle de bain était inexistante et qu’après avoir ramené l’eau dans les seaux à la maison depuis un point d’eau (qui pouvait être à plusieurs centaines de mètres de la maison) il fallait la chauffer (dans les seaux) pour pouvoir se laver dans les bassines en plein milieu du salon.

Certains pourront me dire «c’était à l’identique ou presque dans certains coins de France jusqu’il y a à peine 20-30 ans». C’est vrai. Seulement c’est le cas encore aujourd’hui dans la grande majorité des petites maisons des ex républiques soviétiques… Mais n’en restons pas là. Ce n’est qu’un avant-goût.

URSS-paralleles-armoiries-blason-Coat-of-arms-Soviet-Union

Les magasins vides, les coupures de courant, les coupures d’eau, l’éducation bien particulière dès le plus jeune âge.

La vie dans ces conditions donne une perception du monde bien différente de celle dans les pays développés. La majorité absolue des occidentaux n’a pas la moindre idée de ce qu’est la famine, ou, par exemple, ce qu’est la peur de dire à ses amis ce qu’on pense. Ici, les gens ne savent pas ce que c’est qu’un travail « bénévole-obligatoire ». Personne ici ne s’est jamais posé la question ce que c’est que d’attendre le transport en commun (au centre d’une capitale régionale) pendant une heure, voire une heure et demi à -25°C.

Vous n’avez jamais (ou peut être extrêmement rarement) fait le ménage dans votre école après les cours, vous n’avez jamais lessivé vos tables d’école, si vous avez dessiné dessus. Vous n’avez jamais fait la queue pendant trois heures au magasin pour acheter un kilo de viande à moitié pourrie. Ou à l’âge de 3 ans vous n’avez jamais couru chercher du lait à 8h du matin avec un bidon de trois litres dans l’espoir de ne pas rater le camion qui ne repassera que la semaine prochaine (et ce dans une capitale régionale « industrialisée » !).

 

Parallèles

Tout se comprend à travers la comparaison…
Vous comprendrez que je ne me considère ni comme quelqu’un de supérieur, ni plus fort que ceux qui ont grandi dans de bien meilleures conditions. Je ne suis pas marqué par la guerre, par une violence sauvage, par des maladies graves ou par un handicap (j’en suis parfaitement conscient). Mais j’ai connu pendant des années un mode de vie totalement différent de celui que je vois en Europe depuis voilà plusieurs années. Et en observant des jugements généralisés, je réalise que les générations chéries par un mode de vie simple, facile et protecteur ont tendance à avoir des jugements biaisés. Or, je voudrais passer les parallèles. Les parallèles démontrant aux esprits, n’ayant jamais connu les vraies difficultés, la différence existant ailleurs.

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Frontière soviétique (rideau de fer)

Ce que j’ai vécu et subi derrière «le rideau de fer» m’a, de toute évidence, marqué à vie. Ceci a prédéfini ma perception du monde qui, par la force des choses, est quelque peu différente de la moyenne européenne, et notamment française.

Les Français de ma génération, et surtout ceux plus jeunes, sont généralement persuadés qu’ils vivent mal. Ils adorent sans cesse le faire savoir à droite et à gauche. Ils sont persuadés qu’ils ne sont pas assez libres, qu’ils travaillent trop, que tout autour est mal fait.

Par le biais de la série d’articles sur l’USSR vous avez la possibilité de faire une excursion dans le temps et dans un autre monde que vous n’avez jamais connu et auquel vous ne vous êtes jamais intéressés (ou, peut-être, pour certain que partiellement). Cette excursion vous servira pour 3 choses essentielles :

  • réaliser que toute cognition passe par comparaison utile,
  • à travers cette comparaison réaliser bien des choses sur votre perception du monde,
  • et, ainsi, comprendre l’importance du filtre culturel chez chaque individu et quel rôle joue-t-il dans les relations interculturelles.

 

Entrée en matière

URSS-parallelesEn 1917 le peuple russe a suivi ses leaders révolutionnaires qui lui ont promis, après la lecture approfondie de deux théoriciens-philosophes allemands en économie et sociologie – Karl Marx et Friedrich Engels, d’abolir le servage et, à travers l’égalisation de tous, construire un «avenir lumineux» (traduction littérale du russe) — socialisme / communisme.

URSS-paralleles Eh bien, pendant quasiment 75 ans (bien qu’officiellement l’URSS n’ait existé que 69 ans) l’avenir lumineux n’a pas éclairé le pays des soviets, étendu sur la moitié de l’Eurasie, avant d’éclater définitivement en 1991.

• Rédacteur de NEW POINT de VIEW • Contributeur à LE HUFFINGTON POST et LES ECHOS entre autres • Consultant en stratégie et organisation interculturelles • Intervenant professionnel chez SKEMA BS

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Jeanne
Guest

J’ai hâte de lire la suite, même si l’adage dit « comparaison n’est pas raison ».

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