✦ Conservatisme culturel au Japon envers les femmes

Traditionalisme et conservatisme culturels

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Suzuki Harunobu 鈴木春信 (1724 – 1770)

Situation difficile à croire de nos jours dans un pays développé. Il ne s’agit pas d’un pays islamique ou africain où, traditionnellement, les femmes ont moins de droits que les hommes, et où la misogynie généralisée est élevée au rang de normalité. Il s’agit du Japon. L’article dans Le Monde Diplomatique « Les Japonaises indésirables au travail » porte bien son nom.

Près de deux Japonaises sur trois mettent un terme à leur carrière lorsqu’elles deviennent mères. Prise en charge des enfants, manque de perspectives professionnelles, discriminations : les raisons de ce renoncement sont nombreuses. 

Voici un exemple-type où le fait de s’en tenir au traditionalisme culturel peu corroder à feu doux le pays entier. En dépit des tentatives gouvernementales et du combat associatif, trop faible pour l’instant, la situation ne fait que s’empirer. Ce conservatisme profondément enraciné dans l’esprit collectif nippon, à l’évidence, n’est pas adapté au monde d’aujourd’hui et son fonctionnement économique et sociétal. Mais la culture traditionnelle du Japon persiste malgré tout:

L’image de l’homme au travail et de la femme affairée à la maison reste très ancrée dans les mentalités. (…) Cantonnées aux basses tâches, conscientes que, à compétences égales, un homme passera toujours en premier, les femmes deviennent amères.

Et bien que l’on soit conscient que les classements des pays par PIB ne sont point représentatifs en termes du développement social, voici une illustration de ce phénomène au sein de la 3e économie mondiale :

Le Forum économique mondial classe le pays au 104e rang sur 142 en matière d’égalité femmes-hommes. Et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui produit un indice avec plusieurs variables, classe le Japon au 26e rang, la France étant au 12e rang.

 

Harcèlement maternel — matahara

Le harcèlement maternel — un terme de science-fiction créé au Japon en 2014 à la suite de création d’une association destinée à défendre les victimes féminines de la tradition culturelle japonaise.

« Une femme sur quatre serait victime de harcèlement en raison d’un projet de maternité ou d’un enfant en bas âge »). Une fois que ces mères en devenir ont arrêté de travailler, « elles n’ont pas d’autre choix que d’interrompre leur parcours professionnel, conclut Mme Osawa. Lorsque, après avoir accouché, elles voudront reprendre un travail, elles ne pourront accéder qu’à des emplois précaires. Leurs compétences sont annulées ». (…)

« La société japonaise a un problème structurel de mépris et de manque de respect envers les femmes. La promotion du travail féminin a beau faire l’objet de politiques officielles, elles ne sont que difficilement considérées comme des actrices à part entière dans le monde du travail », confie la spécialiste en sociologie historique et études de genre à l’université d’Osaka, Muta Kazue.

 

Problèmes démographiques et économiques

Un des corollaires de cette lenteur d’évolution culturelle se transforme progressivement en problème démographique, qui, par conséquent, deviendra aussi le problème économique :

Soumises à toutes ces contraintes, les Japonaises se marient moins : 5,3 pour 1 000 par an aujourd’hui, contre 10 pour 1 000 dans les années 1970. Et ce taux d’entraîner dans sa dégringolade celui de la natalité : 1,42 enfant par femme, contre 2,2 en 1970. Car, au Japon, les enfants naissent rarement hors mariage (moins de 2 %). (…) Le pays plonge dans une situation alarmante : avec le vieillissement de la population, l’Archipel pourrait perdre 6,4 millions de travailleurs d’ici à 2025.

 

Retard ou différence ?

Incroyable, mais un fait d’actualité dans ce pays insulaire, en avance sur bien des pays, et culturellement très différent des pratiques occidentalisées d’autres nations au PIB fort. Bien que, en même temps, l’on ne puisse dire assurément que l’égalité homme-femme ait atteint son paroxysme en Occident, promoteur d’économie participative et du management horizontal.

ARTICLE ORIGINAL

« Les Japonaises indésirables au travail » par Johann Fleuri
Le Monde Diplomatique


 

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Complément d’enquête

Sachant que beaucoup ne lisent pas les commentaires, j’ai pris l’initiative de rajouter ce complément pas moins intéressant, apporté par un lecteur ayant réagi au présent article:

Beaucoup de femmes japonaises veulent être mères au foyer. Au Japon, cela permet, et est vécu, comme un échappatoire au salariat (surtout des emplois peu épanouissants, rendus encore plus pénible par le fort machisme décrit plus haut et les règles assez rigides et contraignantes de la vie d’entreprise au Japon) et comme l’accession au rôle de maîtresse du foyer, qui s’accompagne d’une gestion souvent totale des fonds gagnés par le mari (allant jusqu’à lui allouer un budget pour ses dépenses de loisirs), ainsi que d’un contrôle assez strict de la façon dont la famille fonctionne. 

Cette pratique semble être en recul chez la jeune génération, mais toujours existante.

• Rédacteur de NEW POINT de VIEW • Contributeur à LE HUFFINGTON POST et LES ECHOS entre autres • Consultant en stratégie et organisation interculturelles • Intervenant professionnel chez SKEMA BS

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ALM
Guest

J’ai habite au Japon 3 ans et je confirme les informations de cet article.
Je rajouterais également quelques informations: j’ai parle a quelques femmes japonaises (ce n’est pas un échantillon statistiquement significatif, certes) de ce phénomène et certaines ont répondu que être mère au foyer était ce qu’elle voulait.
Au Japon, cela permet et est vécu comme un échappatoire au salariat (surtout des emplois peu épanouissants, rendus encore plus pénible par le fort machisme décrit plus haut et les règles assez rigides et contraignantes de la vie d’entreprise au Japon) et comme l’accession au rôle de maîtresse du foyer qui s’accompagne d’une gestion souvent totale des fonds gagnes par le mari (allant jusqu’à lui allouer un budget pour ses dépenses de loisirs) ainsi que d’un contrôle assez strict de la façon dont la famille fonctionne.
Cette pratique est, ce me semble, en recul chez la jeune génération mais toujours existante.

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