Quelle différence entre les animaux et l’homme?

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Savez-vous quelle est la différence principale entre les animaux et l’homme ?

00:21 — Les animaux ont un système de communication pour décrire la réalité instantanée, même si l’instinct les pousse à faire le nid pour une future progéniture, ou à aménager leur tanière pour une future élue. L’adaptabilité aux changements, quels qu’ils soient, est quasi impossible, sinon très lente chez les animaux vivant dans de grosses populations (fourmis, abeilles, gnous). L’adaptabilité est plus souple dans des organisations sociales de bien plus petit nombre — clans de loues, lions, singes, etc. Un millier de singes ne parviendra jamais à une organisation et interaction aussi efficace que dans un clan d’une dizaine ou vingtaine d’individus.

Il y a 70.000 ans nos ancêtres étaient de simples animaux. Et ils n’influençaient pas la planète plus que ne le feraient des escargots ou des mollusques. Mais aujourd’hui tout a changé radicalement. L’homme est capable d’agir en très grands groupes (plusieurs centaines, milliers) en se projetant dans le futur, et ce de manière abstraite. Nos interactions en grands nombres, même à distance, donnent lieu à des réseaux de collaboration efficiente d’une extrême complexité et puissance. Sans nous connaître personnellement nous partageons nos idées et les améliorons en les transmettant de génération en génération.

01:47 — Mais il y a une autre capacité qui nous différencie du monde animal. Nous semblons être les seuls à avoir de la fantaisie et de l’imagination, et en plus y croire ! Collectivement…

La croyance, le phénomène qui permet de faire une masse de belles choses, mais aussi des choses absolument terribles, comme par exemple promettre le paradis dans les cieux après la mort ou, encore, faire des promesses politiques qui ne seront jamais tenues. Et tous les cinq ans un nouveau candidat martèle de nouvelles promesses hypothétiques à ses partisans qui croient en lui et en son imagination fantaisiste.

Et alors, une des croyances typiques de la majorité, depuis toujours, est qu’un changement majeur n’est pas possible. Une sorte de fatalisme idéologique et intergénérationnel consiste à croire que les choses resteront comme elles ont toujours été.

Un exemple.

Les communistes russes en quête du pouvoir avant 1917 promettaient un changement majeur — la dictature du prolétariat. Mais l’espoir fait vivre. Le résultat fut tout autre et, à la fois, banal au plus haut point : la Russie a obtenu la même dictature d’une minorité sur la majorité, comme partout ailleurs depuis la nuit des temps. Mais ne nous mentons pas : de la même manière, dans n’importe quel pays capitaliste la minorité proche de la finance, et donc du pouvoir, fait voter des lois – de manière tout à fait démocratique – « pour le bien commun de tous »…

Malgré ça, le mythe, répandu depuis des décennies dans le conscient collectif, consiste à la chimère que le capitalisme et la démocratie sont les seuls à pouvoir sauver l’humanité — d’elle-même…

Et toute remise en question du capitalisme, comme du système d’organisation humaine opposé au communisme ayant échoué, évoque des foudres de toute une couche de population persuadée que rien ne pourrait changer dans ce système qui, de surcroît, devrait être intouchable. Selon eux, même si le système capitaliste a ses défauts, connus de tous, ces derniers ne pourraient jamais être améliorés, changés, voire éradiqués.

04:07 — Michel Onfray a raison : « La religion, c’est une seсte qui a réussi ». Mais il y a une autre secte, la plus puissante de toute l’histoire humaine, qui a réussi encore mieux que l’église — l’argent. C’est une invention en laquelle croit pratiquement chacun sans exceptions.

Comme dit Yuval Noah Harari, les humains vivent dans une double réalité : matérielle et imaginaire. C’est-à-dire composée des entités fictives, des artifices sociaux qui sont le fruit des idées abstraites produites par l’esprit humain. C’est cette fantaisie, cette imagination, en laquelle on croit collectivement dur comme fer — la chose qui est très étrangère au monde animal (dont on provient).

Donc l’argent, c’est une matière idéologique qui est en passe de devenir totalement immatérialisée et qui est, paraîtrait-il, capable de se démultiplier d’elle-même, comme dans un tour de magie, grâce à des formules financières abracadabresques. Ces dernières sont élaborées par quelques matheux qui parfois ne sont même pas capables d’en expliquer le sens dans un langage simple.

05:40 — Seuls 1.6% de toutes les transactions journalières à travers le monde représenteraient des vrais échanges économiques (c’est-à-dire le paiement des biens et services), les autres 98% sont de la spéculation pure.

Pure ? Ou parasitaire ?

Je vous cite l’extrait d’un article du Figaro de juin 2020 :

Les dettes publiques cumulées, à des niveaux déjà très élevés avant la crise du coronavirus à 225 % du PIB mondial, selon les données du FMI, vont exploser vers les 235 %! Dans le même temps, les banques centrales se préparent à racheter 8 000 milliards de dettes des États nouvellement émises, pour un total de bilan des banques centrales de 23 300 milliards de dollars. Les chiffres donnent le vertige et la question que tout un chacun se pose est bien de savoir si le système financier international peut encaisser un tel choc? Soyons réalistes, le volume des sommes en jeu est tel, qu’il est temps d’admettre que ces dettes, pourtant placées sous le contrôle d’organismes chargés de protéger l’épargnant, ne pourront être remboursées.

Mais même sans parler de l’endettement des États qui atteint des sommets vertigineux, surtout depuis le premier confinement mondial il y a exactement 1 an (cf. mes vidéos Dysfonctionnement 1 & 2), il faut comprendre que les transactions dans l’économie dite réelle, estimées par le PIB mondial, déjà en 2007 représentaient seulement 1,6 % de l’ensemble des transactions.

Le volume des transactions financières dans l’économie mondiale était, en 2007, 73,5 fois plus important que le PIB mondial nominal. En 1990 ce ratio était « seulement » de 15,3. Son augmentation sur cette période est due au boom spectaculaire des marchés dérivés. (source)

Les produits dérivés, échangés sur les marchés dérivés à terme, sont des instruments financiers dont la valeur dérive de celle d’un actif sous-jacent : emprunt d’État, matière première, indice boursier, devise, etc.

Pour faire vraiment simple, les produits dérivés c’est la même chose que revendre des crédits carbone (cf. mon résumé sur le sujet).

Ces marchés dérivés à terme sont apparus au début des années 1970 avant de se généraliser à l’échelle de la planète. Ils totalisent aujourd’hui un gigantesque encours évalué à plus d’un quadrillion (1 million de trillions) de dollars. (source)

10:25 — Alors, résumons ! Dans les années 70 du siècle dernier, nous avons mis en place les marchés dérivés qui à travers les années migraient de plus en plus vers la spéculation sur les mouvements des marchés financiers, puisqu’ils offrent un effet de levier important. En 1990 le ratio des transactions mondiales était de 15 fois entre l’économie réelle et la spéculation. En 1994, le rôle négatif des produits dérivés (de la spéculation donc) a été cité lors de la crise mexicaine ; en 1997 dans la crise asiatique ; en 2008 dans la crise des subprimes ; en 2010 dans la crise des dettes souveraines européennes. Entre temps, en 2007, le ratio des transactions mondiales entre l’économie réelle et la spéculation était déjà passé à 73 fois (au lieu de 15 fois 27 ans auparavant).

Aussi, en 2007, en Europe et en Amérique du Nord (l’Occident donc par excellence), le volume des transactions financières est PRESQUE 100 FOIS PLUS IMPORTANT QUE LE PIB NOMINAL. Le volume des transactions de change est presque 70 fois plus important que le commerce mondial des biens et services. En Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, LE VOLUME DES ÉCHANGES D’ACTIONS EST PRESQUE 100 FOIS PLUS IMPORTANT QUE L’INVESTISSEMENT. (source)

Maintenant...

12:22 — Dans toute cette double réalité matérielle et imaginaire, telle que l’a qualifié Yuval Noah Harari — dans laquelle l’humain reste le seul sur la planète à croire en ses propres fantaisie et continuer à penser qu’elles ne peuvent pas être changées — il y a aussi une autre chose qui nous différencie du monde animal. Et une chose qui nous différencie de nous-même d’il y a 70.000 ans.

C’est l’éthique. Quelque chose sans quoi la vie en société – en groupe – est impossible. Or, depuis 50 ans (depuis les années 70) beaucoup semblent avoir oublié cette règle incontournable et obligatoire.

Biais cognitifs.

15:00 — Marie-Monique Robin (journaliste d’investigation, réalisatrice et écrivaine française) vient de publier son dernier livre « La fabrique des pandémies », dont l’idée centrale se résume au fait que le meilleur antidote à la prochaine pandémie, c’est de préserver la biodiversité. Dans son interview à France 3, en février 2021, elle dit la chose suivante :

Depuis des années que je fais des films et des livres, j’arrive toujours à cela : nous avons un modèle économique qui est fondé sur les profits illimités ne profitant qu’à une petite minorité. Rendez-vous compte : 28 MILLIARDAIRES dans le monde possèdent autant que 3 milliards 500 millions d’autres personnes, on voit bien qu’il y a un énorme problème!

Bernard Bernier (professeur et directeur du Département d’anthropologie à l’Université de Montréal), a écrit en 2010 dans la revue Anthropologie et Sociétés l’article intitulé « Économie réelle et symbolique, flux financiers et relation global-local : crise du capitalisme et réorganisation des modes d’appropriation du surplus »

Cette destruction de l’environnement découle directement de la façon dont le capitalisme et la civilisation industrielle utilisent le milieu naturel, ce qui a été accéléré par la dématérialisation du capital, dont l’alocalisation (couper le capital d’une localité particulière) des flux financiers constitue l’aspect le plus clair. Ces processus, dont l’objectif est l’accumulation sans fin, entraînent la déresponsabilisation face à l’humanité et au milieu ; à terme, si des mesures concrètes ne sont pas rapidement prises, c’est la survie même de l’humanité et de la planète qui s’en trouvera menacée. Le paradoxe, c’est que les efforts pour définir de nouvelles règlementations quant au fonctionnement du marché financier – pour certaines proposées afin de contrer la crise de 2007-2009 – auront peut-être été vains en cas de reprise économique. Le risque réside dans le retour à la situation de spéculation antérieure à 2007, puisque, dans les structures anciennes, l’accumulation était à son maximum. Sans remise en question de l’accumulation sans fin, les solutions ne pourront être que temporaires et limitées.

Ma conclusion à écouter à partir de 19:22.

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