Expatriation au féminin & coaching des femmes expatriées

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Universita-Carlo-Cattaneo-LIUC-logoCet article est utilisé depuis le 15.03.16 à Università Carlo Cattaneo – LIUC (Castellanza, Italie) dans le cadre des cours sur l’Intelligence Interculturelle

Stéphanie Dehling-Prusinski est spécialiste de l’expatriation au féminin. Son job peu ordinaire consiste à accompagner les femmes qui désirent s’expatrier en Russie et de leur donner les clés pour partir vivre dans ce pays, s’y intégrer facilement et s’épanouir professionnellement.

J’ai questionné cette française, ayant ’’vécu la Russie de l’intérieur’’ pendant quelques années et fini par devenir coach pour femmes, pour deux raisons principales: analyser la différence entre les hommes et les femmes en expatriation, et connaître son “point de view” sur la Russie.

Voici le premier article d’une trilogie sur les sujets autant interculturels, que sociologiques.

 

Pourquoi le coaching en expatriation pour les femmes ?

Après une formation de juriste en droit international et une rapide incursion au royaume des ambassadeurs, c’est dans l’industrie automobile que la première partie de ma carrière s’est déroulée. Plusieurs fonctions dans le domaine de la qualité et du marketing international m’ont alors menée sur la route de celui qui, fraîchement débarqué de Pologne, allait quelques années plus tard devenir mon époux.
Avant de devenir mon époux, il a dû toutefois m’annoncer qu’il venait de se voir proposer une nouvelle mission à l’étranger, à Moscou. Venant d’accepter un nouveau poste à Paris, il était impensable pour moi de faire mes valises en 3 semaines et de laisser derrière moi emploi, famille et amis. Il m’aura fallu attendre un an et l’obtention d’une disponibilité professionnelle, le temps de l’expatriation de mon conjoint, pour m’envoler pour Moscou avec pour seul bagage culturel 40 heures de russe trop rapidement passées.

Le concept de « lune de miel », souvent retenu pour qualifier les premiers mois d’une expatriation, a eu chez moi des allures d’étoile filante. Pays froid, langue difficile, mari absent et vie sociale proche du néant ont en effet très rapidement entamé mon optimisme. Il fallut alors d’urgence se mettre à travailler, même sans parler un mot de russe, afin de pouvoir retrouver un rythme, une existence professionnelle et de nouveaux amis. Je m’offrais ensuite une seconde jeunesse en rejoignant les bancs du fameux institut Pouchkine pour faciliter mon intégration : devoir maîtriser la langue russe était devenu une évidence. En parallèle, enseigner le français et la culture de notre douce France à des femmes d’affaires russes a changé ma façon de voir ce pays … et m’a tout simplement donné envie de l’aimer.

Quatre années d’expatriation vont pourtant questionner l’existence d’un nouveau moi : qui étais-je vraiment hormis la « femme de… » ? Etait-il possible pour moi, pour nous, d’envisager un retour en France, synonyme de case départ ? Quel métier pouvait répondre à toutes mes exigences ? Allais-je pouvoir retrouver ce sentiment de liberté et de découvertes permanent propre à l’expatriation?

Pour répondre à ces questions, j’ai décidé de suivre un coaching, afin de pouvoir me « re-connaître » et redéfinir mes objectifs professionnels. De ce coaching, un mot a régulièrement émané de nos conversations : accompagner. Au fil du temps, ce mot est devenu un projet. Ma seconde expatriation, à Budapest, m’a alors permis de valider cette compétence d’accompagnement en suivant une formation certifiante à Paris qui était l’une des rares à évoquer un domaine dans lequel j’étais plongée au quotidien : l’interculturel.

Pour valider ma formation et entrer officiellement dans le monde merveilleux du coaching, il me fallut trouver un sujet de mémoire. Il s’est imposé de lui-même : les mots expatriation, femmes, culture, identité berçaient mon quotidien et mes rencontres depuis mon départ pour Moscou. Ils correspondaient à ma réalité quotidienne mais aussi à un domaine dans lequel peu de choses sont mises en place. J’ai donc choisi comme sujet de mémoire Les Conjoints d’Expatriés. Un mot masculin utilisé pour refléter une réalité toute féminine.

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© Frank Herholdt

 

De quelle réalité féminine suis-je en train de parler ?

infoUn constat s’impose : tous domaines d’études confondus, le pourcentage de femmes obtenant un diplôme de niveau universitaire est aujourd’hui égal ou supérieur à celui des hommes.

Dans les formations en sciences sociales, commerce, droit et services qui représentent un vivier important pour les entreprises à la recherche de managers performants, les femmes représentent plus de 60% des diplômés dans les pays de l’OCDE. Elles semblent donc ainsi prédisposées à mener une vie professionnelle en phase avec les diplômes et les compétences acquises. Parallèlement, le besoin en cadres internationaux qualifiés est exacerbé dans les entreprises par la mondialisation des marchés et la concurrence internationale. Les entreprises sont donc à la recherche de cadres compétents pour assurer des postes d’expatriés dans les filiales installées à l’étranger. Hommes et femmes semblent ainsi être à armes égales dans le processus de sélection des expatriés et l’on pourrait s’attendre à retrouver la même proportion d’hommes et de femmes dans la population des cadres internationaux.

La réalité est quelque peu différente : jusqu’à la fin des années 80, la faible proportion de femmes expatriées voire leur absence totale a été démontrée dans de nombreuses études (entre 0 et 5% de la population expatriée). Dans les années 90, le nombre de femmes expatriées a augmenté : entre 8,5% et 15% en 2000 dans les populations de managers internationaux. Les plus optimistes voient dans cette évolution une tendance durable d’accélération du processus de féminisation des carrières à l’international pour atteindre un tiers stable dans les prochaines années.

Cependant, lorsque l’on considère la représentation des femmes dans la population active, elles demeurent largement sous-représentées chez les expatriés et le resteront dans les années à venir. Ce constat n’est pas sans conséquences sur la carrière professionnelle des femmes : plafonnement rapide de leur carrière, dont la métaphore “plafond de verre” a résumé les difficultés rencontrées par les femmes. Pour ne citer que les plus répandues : croyances très ancrées telles que “manque de volonté et capacité d’adaptation”, mythe et préjugés concernant les femmes et leur rapport à la mobilité internationale.

L’expatrié est un explorateur dans l’image collective et est donc forcément un homme…
L’expatrié est un explorateur dans l’image collective et est donc forcément un homme. L’expatriation est une aventure difficile, dans un environnement culturel et organisationnel qui demande une grande adaptabilité. Un défi “musclé” pour lequel les hommes seraient mieux armés.

Le succès de l’expatriation et la performance des expatriés sont fonction pour une grande part de l’intégration de leurs conjointes et de leurs enfants
Ces dernières années pourtant, des études abordent la place de la femme dans l’expatriation : l’internationalisation de la carrière de Monsieur – sésame pour les postes à haute responsabilité – fait ressurgir la question de la famille, de la femme et du rôle de la femme dans la réussite de cette expatriation. Elles montrent que le succès de l’expatriation et la performance des expatriés sont fonction pour une grande part de l’intégration de leurs conjointes et de leurs enfants. Lorsque ceux-ci s’adaptent convenablement, ils ont un impact décisif sur l’expatriation : grâce à leur soutien direct (affectif, tangible, informationnel) et au réseau social qu’ils construisent sur place, les membres de la famille épaulent l’expatrié dans son adaptation et contribuent à la réussite de sa mission. Inversement les difficultés d’adaptation du conjoint de l’expatrié peuvent se répercuter sur la performance au travail de ce dernier et provoquer un retour avant la fin de la mission.

infoJ’ai donc eu envie d’aller vérifier, via un sondage en ligne auprès de plus de 120 femmes expatriées à travers le monde, si celles-ci avaient bénéficié d’un quelconque accompagnement avant et pendant leur expatriation. 60% d’entre elles étaient expatriées suite à une mutation à l’étranger de leurs conjoints. 82% d’entre elles exerçaient une activité professionnelle avant leur départ pour l’étranger. Seuls 16% de ces anciennes femmes actives exercent toujours une activité professionnelle en étant à l’étranger.

L’accompagnement du conjoint est avant tout un accompagnement lié à l’installation dans le pays d’accueil
Mon sondage, les séances de coaching proposés à ces femmes et les entretiens individuels avec certaines sont venus confirmer ce que des sondages précédents ou des recherches universitaires avaient analysé bien avant moi : l’accompagnement du conjoint est avant tout un accompagnement lié à l’installation dans le pays d’accueil. J’oserais parler d’accompagnement logistique : il a donc lieu avant le départ et pendant les premiers mois à l’étranger. Passés ces quelques mois, le conjoint d’expatrié ne bénéficie plus d’aide : au mieux, il a un interlocuteur au sein de l’entreprise, lorsqu’il doit effectuer des démarches administratives particulières à l’étranger. Il en sera de même lors du retour : déménagement, recherche d’appartement et rapatriement de la famille sont pris en charge par l’entreprise.

Mon questionnement de l’époque était — est-ce que le coaching ne pouvait devenir un accompagnement, dont les bénéfices permettraient à la conjointe d’expatrié de s’affirmer et de faire sienne cette expatriation. Parallèlement, on me proposait à Budapest de collaborer à l’élaboration, puis à l’animation de formations interculturelles pour les futurs cadres, hommes, amenés à s’expatrier en Russie. Des formations dont le cœur du sujet était le management interculturel.

Suite à quoi plusieurs questions ont fait surface. Est-ce que ces formations ne pouvaient pas être façonnées pour les femmes expatriées : n’étaient-elles pas celles qui étaient confrontées au quotidien à une nouvelle culture ? N’étaient-elles pas celles qui ne pouvaient que s’y plonger pour mieux s’adapter ? Et quels moyens existaient pour leur permettre de connaître davantage, et de façon pragmatique, une culture susceptible de les enrichir ?

En dehors de ces formations sur le management interculturel, aucune solution pensée pour les femmes expatriées n’existait. Certaines femmes interrogées me confiaient y avoir participé sans en tirer grand intérêt : la seule partie qui leur avait été dédiée relevait de l’organisation logistique de la famille (plan de la ville, école, déménagement, courses…).

Ainsi, Expatrielles était née : proposer un accompagnement pluriel aux femmes expatriées en Russie. Chaque accompagnement comporte un volet culturel Russie : je les aide dans un premier temps à reprendre confiance en elle, à s’affirmer, à se définir professionnellement (= affirmer un nouveau “je”) au sein du “nous” qu’est le couple et leur famille, partis vivre à Moscou. Parallèlement, je les invite à se plonger dans la culture russe pour mieux communiquer, au sens large du terme, au quotidien ou dans le cadre professionnel.

La trilogie de Stéphanie Dehling-Prusinski

  1. Expatriation au féminin & coaching des femmes expatriées
  2. Différences sociales d’expatriation : homme / femme
  3. La Russie vue par une française

Juriste en droit international • Fondatrice d’Expatrielles • Coach certifiée pour les femmes expatriées et les managers internationaux.

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Anton MalafeevMélanieLaura Elizabeth Turner Recent comment authors
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Laura Elizabeth Turner
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Laura Elizabeth Turner

I strongly recommend this article!
In my experience as a psychotherapist specialised in expatriation, these conclusions are thoroughly confirmed.

Mélanie
Guest

Bravo Stéphanie, pour ces articles. Merci Anton pour ce partage de points de vue. Ces problèmes d’intégrations générale et professionnelle se confirment au Mexique et au Brésil (d’autant plus que les expatriés croient ces pays comme “faciles” avant d’y aller vivre !).

Anton Malafeev
Admin

Pour ceux qui s’y intéressent – site pro de Mélanie spécialisée en expatriation vers l’Amérique Latine :
Expat2Work