L’épigénétique : l’éthique sociétale & l’émergence culturelle

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DANS LA PRESSE
Huffington-Post-NewPointDeView-new-point-de-view-Anton-MalafeevCet article a été republié 3 fois dans LE HUFFINGTON POST France, Quebec et Maghreb (en version abrégée)

 

Seulement 10% de l’ADN comportent le code des gènes, le reste a été surnommé l’«ADN-poubelle»

En dehors de l’importance scientifique et du rôle thérapeutique, cette découverte biologique relativement récente porte un énième coup en dessous de la ceinture à la doctrine créationniste, en confirmant une fois de plus les théories d’évolution de Darwin et de la transformation de Lamarck. L’épigénétique explique beaucoup mieux les mécanismes de la nature que l’Homme explique sa foi et tout ce qu’il a inventé autour.

 

L’épigénétique

❝ Nous ne sommes pas que le pur produit de nos gènes…❞

L’épigénétique (du grec επί – au-dessus) — l’ensemble des mécanismes moléculaires qui a lieu au niveau du génome et de la régulation de l’expression des gènes, pouvant être influencés par l’environnement et l’histoire individuelle, ainsi qu’être potentiellement transmissibles d’une génération à l’autre, sans altération de l’ADN, et avec un caractère réversible.

Epimutations se produisent par accident, mais aussi sous l’effet de facteurs environnementaux. Le rôle de ces facteurs est très activement étudié dans le développement de maladies chroniques (le diabète de type 2, l’obésité, les cancers).

Autrement dit, l’épigénome peut être altéré avec le temps par le vécu, et conditionné par les conditions de vie. En quelque sorte, génétiquement parlant, la biologie de chaque individu change tout au long de sa vie, ce qui modifie l’expression des gènes entre la naissance et quelques années (décennies) plus tard. En l’occurrence il ne s’agit pas du vieillissement. Le plus intéressant est que ces changements du génome peuvent être transmis aux générations suivantes. Un point très intéressant pour la procréation et l’éducation des enfants, ainsi que pour l’explication du paradigme évolutionniste darwinien.

L’épigénétique est l’étude des changements d’activité des gènes – donc des changements de caractères – qui sont transmis au fil des divisions cellulaires (des générations) sans faire appel à des mutations de l’ADN”, 

explique Vincent Colot, spécialiste de l’épigénétique des végétaux à l’Institut de biologie de l’Ecole normale supérieure (ENS-CNRS-Inserm, Paris).

epigenetique-questions-etiques-pratiquesEn approfondissant la problématique de l’épigénétique, on découvre un écrin de choses pour réflexion.

 Exemple 1.  L’environnement des gènes (c’est aussi les protéines formant les chromosomes, la cellule, le tissu, l’organe, l’individu) et l’ensemble des conditions de vie de l’individu, comme son alimentation, ses activités ou son lieu d’existence — tout ce milieu au sens large, du plan moléculaire au plan écologique, est susceptible de modifier l’expression de nos gènes.

Deux vrais jumeaux (monozygotes), dont le génome est donc strictement identique, ne vont pas nécessairement développer les mêmes comportements, ni déclarer les mêmes maladies au cours de leur existence. Là encore, des modifications épigénétiques peuvent en partie expliquer ces discordances. Les gènes et les cellules sont particulièrement sensibles aux modifications environnementales au cours du développement embryonnaire et des premières années de la vie, mais les effets de l’environnement se produisent tout au long de l’existence.

 Exemple 2.  L’épigénome, à la différence du patrimoine génétique, est variable. Il dépend de plusieurs facteurs tels que l’âge ou l’environnement. Ainsi, il a été démontré que les niveaux de stress de la mère durant la grossesse pouvaient le modifier en profondeur.

 

 

Réflexions autour de l’éthique et des pratiques

Niveaux de stress…  Que dire des 90% de la population vivant dans le stress permanent – manque d’argent, pression au travail, transports en commun, pollution (sonore, luminaire, d’air et de la nourriture), indifférence générale entre les individus ?

Dorénavant, grâce à la science, on sait que ce mode de vie ne fait pas que dégrader la vie au quotidien. Il laisse aussi une trace dans chacun de nous au niveau moléculaire. Est-ce l’évolution naturelle ou la régression artificielle ?

Des médicaments et des drogues peuvent avoir des effets épigénétiques. Selon les évaluations les plus récentes, ces effets seraient fréquents.
Comment expliquer à un gamin l’importance et la profondeur de l’éducation « ne fume pas, ne boit pas, ne te drogue pas, fais du sport, étudie, lis plus, choisi tes amis, sois pas comme les autres » … ?  Tous ces préceptes des médecins, des profs et des (grands-) parents n’étaient pas inventés que pour énerver ceux à qui ils se destinaient. Depuis bien longtemps ces enseignements, sans être appuyés scientifiquement, portaient un sens beaucoup moins futile que l’on pensait.

En même temps, est-ce que l’explication aux parents qui se sentent adultes et tout permis — que la mauvaise hygiène de vie (ou tout simplement son absence), l’histoire personnelle et les mauvaises habitudes altèrent funestement leurs cellules ou les dégrade — changerait quoi que ce soit ?  Les fumeurs savent pertinemment qu’ils détruisent leur corps, néanmoins continuent à fumer en se trouvant toutes les excuses du monde. Le comble est que merci la mémoire négative du génome, étant héréditaire, leurs progénitures inexorablement (dans plus au moins 90% des cas) répètent le triste schéma des parents.

Ce serait bien de faire un peu de pédagogie… Parce qu’en termes de causalités le cancer est à seulement 15% d’origine génétique et 85 % d’origine environnementale ou hasardeuse, avec des mutations postérieures à la naissance. D’où l’importance de la prévention, de l’alimentation et de l’hygiène de vie qui resteront toujours les meilleurs traitements anti-cancer.

— Laurent Alexandre (chirurgien urologue, fondateur de Doctissimo en 1999).

Un autre exemple parmi tant d’autres — la fierté européenne, “mariage pour tous” en version française — quel impact épigénétique sur les individus concernés ? Quel vécu personnel et quelles conséquences vont récolter les enfants, à qui on a imposé les conditions d’éducation à deux papa ou deux maman ? Doit-on considérer ça comme un progrès social ou une dénaturalisation de l’ADN de la société ?

 

 

L’épigénétique dans les cultures

Le mécanisme épigénétique explique aussi en partie le phénomène sociologique qui est l’émergence culturelle. Cette dernière se produit en fonction de l’environnement social et de l’histoire vécue, au niveau personnel ou collectif. L’ensemble de pratiques, le langage et le mode de vie d’un groupe d’individus détermine une culture qui se transmet avec le lait maternel, comme le veut l’expression populaire (existant dans plusieurs langues). On comprend donc facilement que l’appartenance à une culture (qu’elle soit du quartier, régionale ou nationale) est la pure fonction de l’environnement et par conséquence des pratiques (ou de l’histoire vécue par l’individu en groupe).

Il semblerait donc que ce mécanisme moléculaire au niveau du génome n’influe pas uniquement les processus chimiques, mais il a également des incidences sur les processus beaucoup moins tangibles, comme l’esprit humain qui constitue le conscient collectif, formant ainsi les règles de la société.

 

 

Interrogations autour de l’épigénétique dans la société

L’épigénétique se définit aujourd’hui par l’étude des changements modifiant l’expression des gènes sans mutation de l’ADN. Bien que ces variations héritables (transmissibles en dehors des gènes) peuvent être réversibles, elles peuvent être effacées par des traitements chimiques — National Geographic & Le Monde
Il reste à savoir si le conscient est capable d’influer, voire d’endoctriner les changements épigénétiques au sein de son propre corps. On dit « une envie ou une pensée peut se matérialiser ». Est-ce que l’exercice intellectuel laisse (ne serait-ce que partiellement) son empreinte dans le génome épigénétique ?

Est-ce que le conscient peut contrôler l’adaptation à l’environnement et éviter l’enregistrement de ce changement adaptatif dans le génome ? Si oui, serait-il possible de trier les changements positifs et néfastes, afin d’éliminer les derniers ?

Est-ce que ces pilules chimiomagiques seraient capables d’améliorer l’Homme perdu dans sa propre autodestruction et de tout ce qui l’entoure ?  Ou est-ce qu’au contraire il deviendrait encore moins attentif et responsable ayant les pilules qui “nettoient tout” ? Pourront-elles soigner les maladies incurables jusqu’alors ?  Sera cette thérapie accessible à tout le monde ?  À quel prix ?

Ou est-ce que l’humanité pourrait se métamorphoser (en quelques générations) si les adultes prenaient simplement conscience des oscillations épigénétiques, comme fonction de leur mode de vie, et l’inculquaient aux nouvelles générations ? Ou est-ce une utopie d’un monde parfait et stérilisé ?

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• s’intéresse à l’anthropologie, à la sociologie internationale, aux comparatifs interculturels
• et déteste la connerie humaine

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