De la crise au progrès: Changement—Problème—Solution

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© Edin Bajrić

Avez-vous déjà réfléchi de la signification du mot “problème”?  Quelle approche de cette notion, ayant la même racine dans les 95% des langues européennes et slaves, est nécessaire pour toute entreprise du salarié au top management ?

 

Définitions

infoLa définition du phénomène dans Wikipedia en français : un problème (du grec πρόβλημα) dans son acception la plus courante, est une situation dans laquelle un obstacle empêche de progresser, d’avancer ou de réaliser ce que l’on voulait faire. Un problème naît lorsqu’il y a une différence entre l’état des choses et celui souhaité, ou lorsqu’il y a anormalité, c’est le cas en industrie ou en physiologie.

Une définition assez succincte et simpliste. A croire que pour les français ce n’est, donc, pas un problème…

infoLa définition en russe est sensiblement plus développée et, on pourrait dire, plus précise et intéressante : dans un sens large un problème est une question théorique et pratique exigeant une analyse et une résolution. En sciences c’est une situation contradictoire en termes de prises de position et d’interprétations, exigeant une théorie adéquate pour sa résolution. Dans la vie de tous les jours un problème est « je sais ce qu’il faut, mais je ne sais pas comment y parvenir ». Un problème est une question n’ayant pas de solution univoque, avec un degré d’incertitude. La présence d’incertitude distingue le problème d’une tâche. La condition sine qua non dans la résolution d’un problème est sa bonne (cohérente, rationnelle, adéquate) perception.

 

 

La philosophie du « problème »

Si le problème peut être résolu, inutile de s’en inquiéter. Si le problème n’a pas de solution, toute inquiétude est absurde. Tenzin Gyatso (Dalaï-lama)
Il n’y a pas de problèmes en tant que tels. Il s’agit d’une dénomination de solutions désagréables, compliquées et peu ou pas confortables. L’Homme est paresseux de par sa nature et cherche à tout prix à éviter les désagréments. Or, les problèmes n’existent pas, il y a seulement l’attitude envers ces derniers.

En chinois le mot « crise » est composé de deux idéogrammes : 危機 – wei (danger) et ji (opportunité) – comme si une situation difficile / dangereuse offrait une opportunité et, pourquoi pas, la possibilité de rebondir. L’approche chinoise est assez philosophique, tout comme le Taoïsme – considéré comme une doctrine religieuse et philosophique à la fois. Bien que la crise et le problème ne soient pas les synonymes, la crise pourrait être une des conséquences du problème.

Ainsi, on peut constater le côté positif du « problème », il donne un signal d’alarme : « il est nécessaire et/ou urgent de faire quelque chose ». Contrairement à une opportunité qu’on peut naïvement rater, un problème exige (mot-clef) une solution / décision, autrement la situation peut s’aggraver (et se transformer en crise).

Changez le mot problème par le mot challenge (tâche complexe) et vous vous débarrassez d’au moins un problème !
Cependant, tout n’est pas aussi univoque. La solution (composée des tâches) est possible là où sont initialement déterminés les paramètres qualitatifs et quantitatifs. Et le problème est une situation, exigeant la compréhension et l’analyse, mais n’ayant pas de solutions précises se trouvant à la surface. Corollairement, une variété de solutions peut être propre à un problème, à son tour une variété de tâches peut être propre à une solution. D’où la condition préalable – ne pas confondre les tâches avec les problèmes.

 

 

Les faits

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© Laura Williams

L’école française utilise le mot problème dans les maths, contrairement à l’école russe qui se sert du mot « задача » ayant pour équivalent en français « tâche, objectif, mission ».

Une des vertus du « problème » : on ne peut pas évaluer raisonnablement la situation, problématique restant dedans. L’esprit est brouillé par le problème et, en quelque sorte, se trouve en état de panique. Pour l’évaluer il faut savoir percevoir le problème de côté (ou d’en haut) – le principe de superposition.

La notion du problème est fréquemment décrite avec un aspect négatif. Dans certaines sources on peut lire « A problem is an obstacle which hinders the achievement of a particular goal, objective or purpose. A problem is a feeling of not liking or wanting to do something » (un problème est un obstacle qui entrave la réalisation d’un objectif. Un problème est un sentiment de ne pas aimer ou de ne pas vouloir faire quelque chose).

Souvent le mot problème est présent beaucoup moins dans le vocabulaire des gens énergiques et entreprenants. Dans leur considération un problème est plutôt une tâche ou une suite de tâches (“il n’y a pas de problèmes, il y a que des solutions“). Ainsi, il serait opportun de conclure qu’une tâche est perçue par le cerveau plus positivement qu’un problème. Certains optimistes (et coaches en motivation) disent « Les tâches compliquées n’existent pas. Il existe les tâches accumulées »

Dans les livres sur le développement personnel et tout genre de littérature motivationnelle on peut rencontrer des allégories du genre : « Le problème est un cadeau enveloppé dans le papier abrasif ». C’est en effet une façon de voir les choses, même si cette « grille de lecture » devient acceptable après la résolution dudit problème.

L’esquisse de la gestion contemporaine des problèmes. Dans le monde moderne le leader est celui qui arrive à :

  1. Créer / inventer un problème
  2. Lui donner du poids et de l’importance, en trouvant et en gonflant les risques
  3. Attirer l’attention de tout le monde dessus
  4. Rendre sa résolution exclusive et unique
  5. Monétiser le point 4 (dans tous les sens du terme et toutes taxes comprises)LOL
  6. Installer sa comptabilité là où toutes ces taxes ne sont pas de mise…

 

 

Cycle : Changement – Problème – Solution

Tout change constamment. Le cycle « changement – problème – solution » est permanent dans toute société / organisation. Partant d’axiome que les problèmes surgissent constamment, les changements sont continus ; et vice versa — une équation à double sens. C’est le processus normal de toute transformation, pouvant être positive (amélioration / développement) si les problèmes sont maîtrisés. Ainsi, il serait logique de conclure que le ralentissement d’apparition de problèmes témoigne en proportion directe du ralentissement du développement de la société / l’organisation. Or, la présence de problèmes est un bon signe et leur apparition continue est positive. Néanmoins, la façon et l’efficacité de leur résolution en est un autre débat.

L’Homme passe sa vie à la recherche du confort et de l’insouciance. Le confort a tendance à établir l’atonie et l’inertie. Et toute chose étrangère (même insignifiante) à ces confort et insouciance est automatiquement considérée comme un problème. Mais, comme le démontre le paragraphe précédent – justement l’absence de confort offre le changement et donc le progrès. Ce que prouve par A+B la pertinence de l’expression “sortir de sa zone de confort”. Par exemple : constamment s’améliorer intellectuellement — étudier, apprendre, afin d’enrichir ses point de vues et donc jugements — progresser.

Pour les sous-titres français : bouton “Subtitles/CC”

Allégorie : dans le monde d’aujourd’hui, pour rester au niveau des autres il faut marcher continuellement, et pour les dépasser – il faut courir de toutes forces.
Il est primordial de comprendre que le cycle « changement – problème – solution » fonctionne indépendamment de votre volonté. Chaque jour quelque chose change. Et vous pouvez prendre la décision de ne pas suivre ce changement, par conséquent le problème ne surgit pas et sa résolution est inutile. Ceci est en votre pouvoir.

Mais il est impossible d’arrêter le changement des autres. Ici apparaît le souci extérieur à vous – celui éprouvé par les autres (qui suivent le changement): si quelqu’un prend la décision de s’arrêter, cela devient instantanément une charge, voire une gêne pour l’organisation (quelle qu’elle soit – entreprise, association, université ou société plus globalement). En présence d’inaction de votre part petit à petit vous devenez rejeté(e).

Ainsi va le monde. Sélection naturelle ? Ou sociétale ? Le système mal fait ? Ou bien fait ? On ne peut pas répondre oui ou non. Rien n’est univoque…

Pour résumer, un “problème” est un indispensable indicateur de la vitesse à adopter pour éviter une crise possible, et du niveau des changements (stratégiques, tactiques, opérationnels) à mettre en exergue.

 

 

Schéma mental de modélisation des problèmes

infoProposé par Augusto Carreira, un de nos lecteurs doctorant, voici un enchaînement syllogistique — modélisant les niveaux (la gravité) du “problème” — basé sur l’incertitude.

Ce cadre simplifié peut servir de charpente intellectuelle (voire, dans certains cas, psychologique) pour la modélisation de problématiques et leurs résolutions dans toute activité. En particulier dans la pratique organisationnelle et stratégique en entreprise, quel que soit son domaine d’activité, ainsi que dans l’innovation.

 

1. Lorsque vous n’êtes pas à l’aise dans une situation et vous ne pouvez pas la qualifier, et encore moins en prédire les conséquences – vous êtes face à la PERPLEXITÉ, où l’incertitude est au sommet. ≈100%
2. Lorsque vous arrivez à qualifier et quantifier en entier la situation en cours, mais toujours incapable d’en décrire la suite, alors vous avez un PROBLÈME (dans le sens propre du terme) – avec un niveau d’incertitude abaissé. ≈75%
3. Dans le cas où vous êtes en mesure de qualifier la situation à venir, en d’autres termes vous êtes capable de décrire qualitativement une partie de l’avenir, vous basant sur ne serait-ce qu’une grossière feuille de route – vous avez là un PROGRAMME. Considérons que le niveau d’incertitude est moyen. Ainsi, J.Kennedy s’est adressé au Congres en 1961 en appelant à envoyer l’homme sur la Lune et le faire revenir sur Terre avant la fin de la décennie. ≈50%
4. Étant capable de spécifier concrètement une situation voulue, donc future, vous avez un PROJET (ne demandant qu’à être réalisé). Le niveau d’incertitude est minimal, mais pas inexistant. ≈25%
5. Ayant une description complète des choses du moment et celles à venir (situation voulue) – il s’agit d’une PROCÉDURE avec un niveau d’incertitude se rapprochant de zéro. C’est une situation putative à l’automatisation. ≈0%

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La condition sine qua non dans la résolution d’un problème est sa bonne (cohérente, rationnelle, adéquate) perception
Il est primordial de comprendre qu’aucune méthodologie de résolution de tout genre de problèmes n’existe. Mais la capacité à qualifier clairement la situation présente et à définir la situation voulue est centrale dans ce schéma mental.

Ainsi, le problème peut (doit) être vu comme une manifestation positive, pouvant prévenir la détérioration de la situation présente. Le seul moyen d’éviter les problèmes consiste à ne pas les voir, ou ne pas les prendre en compte. Cette technique voue la personne à l’arrêt total du progrès et de l’évolution. Si cette personne est le décideur d’une organisation, cette dernière se trouve dans une mauvaise impasse qui, en fonction du degré de son avancement (ou plutôt du reculement) peut devenir irrécupérable…

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée .

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Augusto Carreira
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Augusto Carreira

I use an approach first used by my PhD supervisor which is based on uncertainty.

When you feel uneasy with a current situation (this includes perspectives about future undesirable possibilities) but you don’t have a description of the as-is situation and much less of a to-be situation, then you are facing a PERPLEXITY and uncertainty is at its highest.

When you have a full (qualitative and quantitative) description of the current situation but nothing yet about the to-be situation, then you have a PROBLEM and you have decreased your level of uncertainty.

When you are able to produce a qualitative statement of the to-be situation, which means you are able to describe qualitatively what the future will be, and you already have something that resembles a coarse roadmap to get there, then you have a PROGRAMME. (E.g. the speech of Prs. John Kennedy to the USA Congress in 1961 where he stated something like this – to land a man on the Moon and bring him back alive till the end of the decade). The level of uncertainty is, let’s say, medium.

When you can produce a specification of the to-be situation, you have a PROJECT. Now implement the project. The level of uncertainty is lower, but not the lowest.

When you have the full description of the as-is situation and the full description of the to-be situation, you have a PROCEDURE. Level zero of uncertainty. It is a putative candidate to automation.

I hope this may help you. This shifts the problematics of “the problem” to the solving of particular problems by providing a mental framework (a modelling approach to problem-solving) based on the equivalence problem-uncertainty. No problem-solving methodology is assumed, but describing the as-is and being able to state a desired or expected to-be, after all issues have been removed, is central to this mental scheme.

jean-luc Chevrier
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jean-luc Chevrier

D’un mot “problème” découle une vision des choses à géométrie interculturelle variable. Comme le “Prendre un risque français” et le “take a chance” anglo-saxon les mots conditionneraient-ils la pensée ou l’inverse?
Très intéressante démonstration d’Anton.

Veuillez agréer mes félicitations les plus sincères (eh oui) car votre blog allie l’information à une sincère réflexion philosophique souvent absente des discours mais indispensable pour comprendre le monde. Vos opinions affirmées peuvent ne pas être parfois partagées par tous mais la modernité de votre discours est rafraichissante dans une France un tantinet sclérosée à mon goût.